Au Systema, la structure est l’un des 4 piliers fondateurs de la pratique. La structure est intimement liée à la relaxation. Dans l’article précédent, nous avions noté que la relaxation se caractérisait par le maintien d’un équilibre subtil entre tonicité et décontraction musculaire. En simplifiant le propos, l’on pourrait s’aventurer à dire qu’il s’agissait d’une histoire de muscles. La structure, quant à elle, est une affaire d’alignement de segments, une histoire de squelette…
Comme souvent, les principes ou les concepts aux définitions larges et contextuelles, peuvent amener à des confusions. Quand on parle de structure dans les arts martiaux, il n’est pas rare de confondre structure et rigidité.
Il est commun de penser que la structure renvoie à quelque chose de stable, d’inamovible, de dur, d’enraciné. Mais en Systema, il n’en est rien, car en effet, le propre d’une structure est d’être capable de s’adapter aux contraintes extérieures et aux mouvements effectués. La structure est toujours dynamique.
L’exemple architectural du Pont du Golden Gate, à San Fransisco, Californie, illustre bien ce que l’on entend par structure. Le Pont du Golden Gate est une construction régulièrement soumise aux séismes et aux vents. La structure est capable d’onduler ou de se déformer sans perdre sa forme générale et sa cohérence.
Le corps humain est fait d’os, de tendons, de fascias, de chairs, d’organes et d’une multitude de tissus différents. L’analogie du pont possède ses limites. Pour comprendre correctement ce qu’est la structure au Systema, l’on peut faire appel au concept de tenségrité.
La tenségrité est un principe structurel fondé sur un système de composants isolés en compression à l’intérieur d’un réseau en tension continue, et disposés de telle manière que les éléments comprimés (dans notre cas, les os) ne se touchent pas tandis que les éléments précontraints en tension (les tendons) délimitent spatialement le système(1). En d’autres termes, des éléments de compression sont maintenus ensemble par des éléments de tension, créant ainsi une structure stable et équilibrée, capable de se déformer et de reprendre sa forme initiale(2).

Cette approche, combinée aux réalités d’un corps humain, permet de comprendre qu’il ne s’agit à aucun moment d’être rigide ou fixe sur ses appuis. La structure que le pratiquant de Systema recherche doit être dynamique, mouvante, fluide, et capable de conserver une certaine tenségrité. De fait, la structure se déforme, se transforme, s’adapte et reste malgré tout efficiente afin que le pratiquant soit capable de frapper, d’esquiver, de chuter ou d’absorber. La structure contribue également à l’ensemble des mécanismes de sécurité passive, ce qui permet de se consacrer entièrement à l’action.

La structure est un sujet vaste et complexe qu’il serait impossible d’étudier ici exhaustivement. Ce que l’on peut retenir est que la structure est corrélée à l’élasticité, et que le mouvement en dépend tout en la conditionnant. C’est un jeu d’interdépendance. La relaxation, la structure, le mouvement et la respiration sont en interaction perpétuelle et s’influencent les uns les autres. La qualité de la pratique dépendra dans un premier temps de la maîtrise de ces quatre principes fondamentaux.
Mickael B.