Avec la respiration, la relaxation et la structure, le mouvement constitue l’un des quatre pilier du Systema. D’un point de vue physiologique, le mouvement se définit par un changement de position dans l’espace du corps ou d’une partie du corps. On parle alors de mobilité afin de caractériser l’aptitude à se déplacer, de faire un geste, ou passer d’une forme à une autre. Cette définition n’est pas exhaustive mais suffira comme introduction.
Dans la pratique du Systema, la mouvement s’inscrit dans une démarche économique dans laquelle le pratiquant cherchera à éliminer le superflu, contrôler chaque segment du corps, tout en veillant à ne pas corrompre sa structure afin de conserver la relaxation nécessaire au mouvement-même. La fluidité, l’amplitude et l’élasticité seront des facteurs clés pour conjuguer calme avec rapidité et adaptation.
Le mouvement au Systema requiert des alignements corrects avec un enracinement dynamique. Il est lié à la structure. Rappelons que celle-ci sert notamment à installer la cohérence du dispositif pour impliquer et mouvoir la totalité du corps dans le déclenchement du mouvement, assurer sans effort ciblé la solidité et la stabilité du dispositif lors des déplacements, des frappes ou des saisies.
Le mouvement au Systema n’obéit à aucune codification(1). Il n’est pas un conditionnement ou l’item d’un répertoire technique. Le mouvement reste libre, contextuel, jamais le même. Bien qu’ils se conforment aux principes biomécaniques, les mouvements sont propres à chacun et dépendent des spécificités physiques du pratiquant. A l’entrainement, les mouvements varient en fonction de la compréhension de chacun au moment où ceux-ci sont exécutés. Il n’existe pas de bons ou de mauvais mouvements, mais des mouvements en progression, des mouvements dont les qualités sont sans cesse réactualisées et affinées par la pratique.
L’absence de codification induit une attention particulière sur les mouvement. Dans un continuel jeu d’aller-retour, le pratiquant doit veiller à ce que ses mouvements n’entravent pas sa structure ou ne corrompt sa relaxation, tout en étant capable, le cas échéant, de modifier cette structure par le mouvement-même.
Le mouvement est perpétuel, comme la respiration. La moindre rupture (ou absences à soi-même) met à mal l’ensemble des quatre piliers. Le système s’enraye, la structure se fragilise et fait naître des tensions qui à terme auront des répercutions sur la respiration. Si cette dernière ne s’effectue pas correctement, il est alors impossible de se mouvoir. La respiration est non seulement le premier mouvement, mais aussi le dernier.
L’économie du mouvement trouve également sa place au sein de la psyché. Là aussi, l’agitation, l’endophasie(2), les pensées parasites, l’anticipation fondées sur diverses croyances etc… sont contreproductives. Le mouvement intérieur peut se traduire, entre autres, par la capacité à être pleinement présent dans l’action, sans perdre conscience de ce qui se situe au-delà du théâtre de cette action. Le calme et la vigilance permettent à ce mouvement intérieur d’être en adéquation avec la réalité. Lorsque le mouvement intérieur se déploie sans entrave, les émotions ne sont pas seulement contenues et canalisées, mais elles restent en pleine coordination avec l’action.
Il est réducteur de penser que le mouvement au Systema ne s’exprime que dans la survie au combat. Les principes que le Systema transmet au pratiquant s’appliquent directement à la vie quotidienne dans les activités aussi banales que la marche, le vélo, le déplacements d’objets, les gestes répétitifs au travail etc… Le Systema est avant tout une réactualisation du système dans son entièreté dont les conséquences directes sont la capacité de prévenir les maux, d’apaiser le mental dans un monde sur-stimulé, de rester à l’écoute et de vivre mieux.
Mickael B.
(1) : La codification des mouvements se retrouvent souvent dans les arts martiaux asiatiques et portent le nom de taolu (套路) ou de kata (方, façon / 形, forme / 型, moule). Il s’agit d’une suite de mouvements exécutés seul ou à plusieurs afin de travailler des gestes ou des postures, et de faire découvrir des principes fondamentaux comme la gestion des distances et de l’équilibre, l’attitude, la coordination des mouvements, etc… Ses enchaînements ne sont pas toujours des combats imaginaires ou fictifs. Ils sont une manière codée de transmettre l’enseignement. La répétition de la forme permet également aux élèves avancés de découvrir par eux-mêmes les principes cachés et mystiques de leur Ecole.